The festival • Presentation

Festival's presentation

Pour sa 5 ème édition, le Festival du Regard se développe et investit un nouvel espace. Après la Tour EDF l’année dernière, c’est un autre lieu emblématique de Cergy-Pontoise qui nous accueille, l'ancien bâtiment de la Poste à l’architecture typique des années 70. Sur une surface de plus de 1500 mètres carrés, seize expositions dialogueront avec les cinq expositions proposées en extérieur dans le Parc François Mitterrand et la Maison des Arts. Situé dans Cergy Grand Centre, cet espace insolite nous a inspiré la thématique de cette année : « Voyages extra-ordinaires ».

Que reste-t-il de l’esprit des grands photographes voyageurs qui ont fait découvrir le monde, dans sa beauté comme dans ses violences, au moment où tout est vu, filmé, diffusé, commenté en temps réel ? Tel sera le fil conducteur de notre programmation avec l’envie de vous surprendre et de vous étonner. Et de redonner à la photo de voyage ses lettres de noblesse. En effet, aujourd’hui la photographie de voyage est confrontée à deux écueils. D’un côté, certains croient (à tort) que tout est vu et revu, comme si les regards d’auteurs et d’artistes ne nous poussaient pas chaque fois à redécouvrir différemment ce que l’on croit connaître via les déclinaisons de Google : Earth, Maps ou StreetView. De l’autre, le voyage se confond souvent avec le tourisme et la recherche du pittoresque, du croquignolet, du cliché…

Face à cela, nous avons voulu redonner aux « photos de voyages » toute l’amplitude de leur champ d’action et ne pas nous cantonner à une vision classique du thème. Nos voyages seront « extra-ordinaires » autant par leurs capacités à sortir de l’ordinaire de la photo de voyage que par leur volonté d’unir la poésie et le reportage, la fiction futuriste et le témoignage, l’autobiographie subjective et le seul plaisir de la contemplation du paysage ou de l’errance. Ainsi Rémi Noël revisite, avec humour et pertinence, la mythologie américaine dans de belles photographies en noir et blanc. En revenant dans sa ville natale, Tiksi au nord de la Sibérie, Evgenia Arbugaeva nous offre autant un voyage dépaysant qu’une plongée dans les contes russes pour enfants. Vraiment extraordinaire à tous les sens du terme, le récit en images de Richard Pak qui a séjourné à Tristan da Cunha, l’île la plus isolée du monde, confetti au milieu de l’océan Atlantique. L’insularité fascine aussi Ronan Guillou qui nous livre une vision très personnelle d’Hawaï, petit bout d’Amérique au milieu du Pacifique et Jean-Christophe Béchet avec des panoramiques mystérieux des volcans d’Indonésie.

Toute bonne photographie de voyage est un choix, un parti pris, une opinion personnelle sur le monde comme en témoignent les impressionnantes photographies de l’irlandais Richard Mosse au Congo, de la mexicaine Graciela Iturbide en Inde, de l’italien Giorgio Negro en Amérique du Sud et du polonais Bogdan Konopka en Chine (photographe disparu l’an dernier et à qui le festival tenait à rendre hommage). Nous allons aussi voyager dans l’espace-temps avec l’oeuvre d’anticipation signée Cédric Delsaux et sa Dark Corporation inspirée de l’univers de Star Wars. Sans oublier les pionniers, ceux qui nous ont donné envie de partir l’appareil en bandoulière : les intrépides Anita Conti et Sabine Weiss en mer et sur terre, le bohème Bernard Plossu sur les routes du Mexique ou l’aventureux Max Pam en Asie du Sud Est. Focus sur un voyage particulier, celui de Vivian Maier et son retour en France, après son tour du monde en 1958, où elle immortalise les gens du Champsaur, mais aussi plus contemporain, sur les communautés de femmes de trois continents photographiées avec justesse par Françoise Nunez. Voyages sur tous les continents et avec de multiples écritures photographiques y compris dans les pays où on ne peut pas photographier librement comme en témoigne avec habileté Davide Monteleone, photographe de l’agence Vu’, profitant d’un voyage en train en Corée du Nord.
« Voyages extra-ordinaires » également dans les procédés : les tirages raffinés du Maroc réalisés par FLORE sont saupoudrés de nacre, matérialisation du souvenir ; Gregor Beltzig mélange harmonieusement tirages Fresson et interventions en chambre noire sur ses carnets pour traduire son sentiment du Caucase, Eric Dessert utilise des papiers anciens datant des années 60 pour donner à ses tirages du Fleuve Jaune un aspect intemporel ; enfin les papiers albuminés du XIXème siècle réunis par Adnan Sezer nous montreront comment était le monde avant la démocratisation des vols long-courriers. Poursuivons avec l’Histoire avec un grand H, également convoquée avec Robert Kluba qui a suivi le tracé du Rideau de Fer séparant les deux Allemagnes du temps de la Guerre Froide et devenu une route de cyclotourisme, et Philippe Séclier qui a longé les côtes italiennes sur les traces de l’écrivain-poète et réalisateur Pier Paolo Pasolini à l’occasion des 45 ans de sa disparition.

Une programmation de films complète notre approche de la thématique : Exotica, erotica, etc. d’Evangelia Kranioti (72 minutes, 2015), Un voyage américain sur les traces de Robert Frank de Philippe Séclier (2009, 58 minutes) et Le voyage dans la lune de Georges Méliès (1902, 14 minutes).

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