Programmation • Les photographes • Peter Granser

Les photographes

Peter Granser



« Sun City »


Sun City (la ville du soleil) est la première ville fermée destinée exclusivement aux retraités. Ni école, ni enfants dans ces 40 kilomètres carrés où la moyenne d'âge des 40.000 habitants est de 75 ans. Condition pour y loger : avoir plus de 55 ans et un certain pouvoir d’achat. A majorité blanche et avec moins de 2% de pauvres, les habitants vivent entre eux sous la météo clémente de l’Arizona, au Sud-Est des Etats-Unis. Fondée au début des années 60 par l’entrepreneur Delbert E. Webb, Sun City connait un succès foudroyant. Concrètement, Sun City est une « unincorporated area » : elle ne dépend pas d'une autre municipalité. Elle est globalement, autogérée par ses habitants. La plupart des services collectifs sont assurés par des entreprises privées. Le personnel est principalement constitué de seniors-résidents, même si une partie, limitée, du personnel doit nécessairement être plus jeune. Les règles procèdent d'un ensemble de décisions de l'assemblée de copropriétaire, rassemblées dans un épais document qui précise les engagements, conditions et restrictions. Très détaillées, les interdictions portent sur la décoration, les heures et jours où la présence des enfants et petits-enfants peut être tolérée et les comportements à tenir (attention à ne pas trop s'embrasser !). La forme urbaine de Sun City est typique des zones périurbaines américaines, avec un assemblage de pavillons disposés autour d'infrastructures et d'équipements collectifs : golfs, centres commerciaux, hôpitaux, banques… La voirie, organisée de manière circulaire, confère un petit côté vaisseau spatial à la ville. L'ensemble est protégé par une enceinte, avec un accès très contrôlé. C’est dans ce contexte ultra-sécurisé que Peter Granser a réussi en 2002 à s’introduire et à photographier les mamies « pom-pomp girls » et les papis à bermudas, encore peu conscients de l’image qu’ils pouvaient renvoyer. Des images d’un bonheur factice impossibles à réaliser aujourd’hui…

El Alto 


En novembre 2015 le photographe allemand Peter Granser est envoyé par le célèbre magazine The New Yorker photographier les habitations conçues par Freddy Mamami Silvestre. Peu connu en France, Freddy Mamani Silvestre est un architecte bolivien autodidacte. Il n’a pas de bureau mais a construit depuis 2005, près de soixante immeubles à El Alto. Comme son nom l’indique, El Alto, est une des villes les plus hautes du monde située à 4100 mètres d’altitude sur un plateau au dessus de La Paz. Freddy Mamani Silvestre, fils de maçons, est d’origine aymara, un peuple amérindien de la région du lac Titicaca. L’architecte a voulu donner à la ville constituée de petites maisons grises, une identité Aymara visible. Ses immeubles appelés « cholets », mot composé dérivé de cholo (indien) et chalet, est une maison colorée aux motifs d’inspiration andine, de 6 ou 7 étages, d’une superficie atteignant 500 m2 abritant pistes de danse, magasins, salles de sport et au dernier étage des appartements tout confort. Ces constructions se parent aussi de lustres, moulures et détails luxueux rappelant certains châteaux Européens. L’essor de ces maisons originales coïncide avec l’arrivée au pouvoir du président Evo Morales en 2006, premier président indigène du pays qui a permis l’émergence d’une nouvelle bourgeoisie indienne Aymara. Avec la hausse de son pouvoir d’achat, cette population s’est prise d’engouement pour les constructions résidentielles et commerciales de Mamani dont certaines peuvent se négocier jusqu’à un million de dollars. Kitsch et ostentatoires pour les uns, produit d’une revanche culturelle et sociale pour les autres, le photographe Peter Granser a dressé l’inventaire de ses habitations extra-ordinaires de manière frontale, sans prendre parti, laissant libre le spectateur de se faire sa propre idée.

Peter Granser, né en 1971 en Allemagne, est de nationalité autrichienne. Il est autodidacte et vit à Stuttgart. Son premier projet photographique Sun City a marqué les esprits à la parution de son livre en 2002 et lui a permis d’installer un style. Dans son parcours il s’attache toujours à décrire la réalité avec une forte subjectivité comme en témoignent ses séries «Alzheimer» ou «J’ai perdu la tête». Depuis 2009 des séquences vidéo et des sons accompagnent ses photographies. Inspiré par des résidences en Chine et au Japon, Peter Granser a fondé le projet ITO Space en 2015, il y expérimente des formats d'exposition inhabituels et des thèmes tels que le temps, le vide, la nature et la conscience. Le travail de Peter Granser a fait l’objet de publications dans les magazines Géo, Stern, Foam Magazine, Le Monde 2, De l’Air…. Il a reçu de nombreux prix et récompenses, dont le World Press Photo, le Prix Découvertes des Rencontres d’Arles en 2002, le Prix Leica Oskar-Barnack en 2004 et le Helmut-Kraft-Foundation Talent Art Award en 2011. Pour Heaven in Clouds, il a été nominé en 2016 pour le Prix international Shpilman du Musée de Jérusalem, pour l’excellence en photographie. Ses photographies sont dans des collections publiques telles que le Fotomuseum Winterthur, le Guislain Museum Gand, le Kunstmuseum Stuttgart ou le Artium Centro-Museo Vasco de Arte Contemporáneo. Il a été exposé au Musée de la photographie contemporaine de Chicago, au FOAM d’Amsterdam, au Fotomuseum Winterthur…
Peter Granser est l’auteur de neuf livres de photographies, dont Sun City paru aux éditions Benteli en 2003 et El Alto publié aux éditions Taube en 2016.


http://granser.de/


Lieux d'exposition :



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