Programmation • Les photographes • Richard Pak

Les photographes

Richard Pak

La Firme

Cette série a été réalisée sur l’île de Tristan da Cunha, minuscule territoire situé au milieu de l’océan Atlantique. L’île se trouve à 2 790 kilomètres à l'ouest de la ville du Cap en Afrique du Sud et à 3 222 kilomètres à l'est-sud-est de l'État brésilien de Rio de Janeiro. Population 296 habitants (en 2014) sur une superficie de 98 kilomètres carrés. Comment Richard Pak a entrepris ce voyage vraiment extraordinaire ? :
«La série La Firme est le premier chapitre d’une anthologie (Les îles du désir) consacrée à l’espace insulaire. L’étymologie du mot isoler nous renvoie à «séparer comme une île (isola)» et je ne pouvais trouver guère mieux que Tristan da Cunha pour entamer un cycle sur l’insularité. Le nom du navigateur portugais qui la découvrit au XVIème siècle est trompeur pour cette île résolument britannique. Le volcan est à huit jours de bateau du Cap en Afrique du Sud, seul moyen de s’y rendre. Ce qui fait de ce confetti de cent kilomètres carrés, triangle parfait posé au milieu de l’Atlantique sud, le territoire habité le plus isolé de la planète. Mais c’est moins l’exotisme de son éloignement que l’histoire singulière et les valeurs idéalistes fondatrices de la petite société qui s’y accroche qui m’ont invité à m’y rendre. En 1816 un contrat est signé entre les premiers habitants, qui s’y désignent «la firme», et la couronne britannique. Ses quelques articles annoncent notamment que «nul ne s’élèvera ici au-dessus de quiconque» ; «tous doivent être considérés égaux» et «tous les profits réalisés seront partagés équitablement». De fait il n’y a alors pas de propriété privée, pas de chef, pas d’argent, tous s’entraident mutuellement. Aujourd’hui encore les terrains sont communaux. Il n’y a qu’à se servir à la seule condition d’y construire sa maison. L’entraide y a un sens, car personne ne peut exister sans l’autre. L’expérience utopique reste dans l’anonymat jusqu’en 1961, quand le volcan se réveille. Les 260 habitants sont tous évacués et propulsés en pleine Grande-Bretagne post-industrielle. Le gouvernement britannique pense alors autant les sauver d’un destin assurément funeste que les éclairer des bienfaits de la société de consommation. Et accessoirement se débarrasser de ce minuscule territoire à l’intérêt stratégique à peu près nul et sous perfusion financière permanente. Mais les tristanais préfèrent tous repartir sur leur île deux ans plus tard.

Aller à Tristan da Cunha tient de la gageure ; certains attendent plus de deux ans. Il faut d’abord obtenir l’autorisation du conseil de l’île. Ensuite il faut trouver une place sur un des quelques bateaux de pêche qui la desservent. Quand l’archipel est enfin en vue, après huit jours de navigation jusqu’au seuil des quarantièmes rugissants, la météo doit être assez clémente pour décharger cargaison et passagers, ce qui n’est jamais garanti. J’y parvins et y séjournais près de trois mois fin 2016».

https://www.richard-pak.com/a-propos


Lieux d'exposition :



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