Programmation • Les photographes • PATRICK COCKPIT

Les photographes

PATRICK COCKPIT

-> Franco et moi

En écho au travail de Alberto Garcia-Alix, le Festival du Regard accueille la série satirique et caustique d’un photographe au nom improbable, Patrick Cockpit.

«En France, c’est bien simple, Franco, on sait à peine qui c’est. Et puis qui s’intéresse à l’histoire de l’Espagne ? C’est le genre de truc que tu fais en troisième quand t’as choisi Espagnol en LV2, on te balance vite fait la formation du pays, la guerre civile et puis basta, après tu grandis, tu te souviens vaguement de Picasso et de Don Quichotte, y a Barcelone, la Sagrada Familia, la bière et Ibiza si tu aimes la MD, donc Franco, hein, voilà. En Espagne, c’est encore plus simple, on n’en parle pas. Francisco Franco a longtemps été enterré à quelques kilomètres de Madrid (la capitale du pays, pour celles et ceux qui ont fait Allemand en LV2), la croix qui surplombe son mausolée fait cent cinquante mètres
de haut, tu peux pas la louper. L’ombre de ce mec obscurcit littéralement le ciel espagnol. Mais rien, nada, les vieux en glissent quelques mots parfois, les jeunes jamais. Les gouvernements successifs éliminent les plaques, les villes se débaptisent et Franco disparaît dans les limbes de l’histoire. D’ailleurs, en 2020, les autorités l’ont déterré pour le ranger ailleurs, dans un cimetière plus normal, où tout un tas de nostalgiques recouvrent sa chapelle de messages fascistes, militaristes ou pieux, voire les trois à la fois. C’est mieux comme ça, apparemment, tout le monde est content. Il existe un mot pour ça, tabou. Alors, moi je fais comment pour photographier l’invisible et le silence qui entoure l’héritage de ce type ? Quand rien n’existe, quand on ne peut rien voir parce qu’il n’y a rien à voir ? Il faut aller sur place, suivre une approche frontale, observer ce qui
en sort, raisonner comme un sale gosse qui bousille le château de sable des grands. Ça fait mal et ça fait rire. On a les lèvres gercées et nos yeux saignent. C’est peut-être ça, le legs fasciste espagnol, une plaie qui pique encore, à fixer d’urgence avant que tout disparaisse.»

La quarantaine bien installée, Patrick Cockpit travaille sur la représentation photographique de l’attente, du silence et de l’invisible. Adepte des images droites et carrées,
il cultive sa schizophrénie en montant différents projets sur le totalitarisme et sa mise en spectacle, ou plus prosaïquement sur le portrait féministe, punk et décalé.
Il travaille essentiellement comme portraitiste pour la presse et différentes maisons d’édition, tout en soignant ses prises de vue institutionnelles.
Il est l’auteur du livre «Figures oubliées de la résistance féministe à l’orée du XXème siècle» série exposée au Festival Manifesto en 2020 et au Festival Barrobjectif
en 2021.

https://hanslucas.com/pcockpit/photo


Lieux d'exposition :



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